La paroisse Notre-Dame de Tongrinne

 

L’EGLISE NOTRE-DAME

 

Tongrinne possède une église plusieurs fois séculaire dont les habitants peuvent être fiers.

 

Avant la révolution de 1789, sous l’ancien régime, l’église avait rang d’église majeure. Elle était donc de fondation primitive. Au XIIIème siècle, l’abbaye de Villers en avait le patronat. Elle est déjà citée le 24 avril 1251 lorsque l’évêque de Liège, Henri de Gueldre, répartit les revenus de l’église entre le curé du lieu, les chapelains de Ligny et de Tongrenelle et l’abbaye de Villers.

 

Après 1559, Tongrinne fit partie du diocèse de Namur. L’abbé de Villers nommait donc le curé de Tongrinne, mais comme Ligny était un démembrement de la localité au point de vue religieux, c’était le curé de l’église mère, Tongrinne, qui choisissait le curé de Ligny.

 

L’église est un édifice pittoresque, bâti au sud du village, au milieu de l’ancien cimetière désaffecté où repose tant de tongrinnois. Le tracé des murailles a été modifié lors de la rectification de la courbe de la route de Boignée. Autrefois, en temps de guerre, ce cimetière constituait un endroit propice à la défense grâce à ses solides murailles de pierre. Le champ des morts envahi, les villageois se réfugiaient dans la tour qui servait de donjon. Là, ils attendaient patiemment l’arrivée des secours et le départ des assiégeants. Primitivement, la tour n’avait pas de porte de façade (celle-ci ne date que de 1772). C’est ce qui explique que l’entretien de la tour était à charge des paroissiens.

 

L’avant chœur (XIII-XIV siècle) est le seul vestige de l’église primitive.

 

La tour qui est la partie la plus ancienne ne remonte qu’au début du XVIème siècle. Elle s’élève à l’occident, en hors d’œuvre et est bâtie en gros moellons verdis et lézardés par les intempéries.

Elle a plusieurs étages en retrait. La façade est consolidée par des encrages en forme d’Y, ce qui lui donne un aspect original. La flèche, qui a perdu 5 mètres lors d’une réparation, est soutenue par des corbeaux en pierre. La tour mesure 7 m. de largeur, 17,25 de hauteur, la flèche 15 m. et la croix en fer forgé 3,30 m. La hauteur totale est de 35,75 m.

Au rez-de-chaussée, les murs de la tour ont une épaisseur de 1,50 m., épaisseur réduite à 1,35 m. à l’étage. La salle de l’étage, au niveau du jubé, est couverte d’une voûte gothique soutenue par des nervures prismatique reposant sur des corbeaux de pierre peu ornés. Cette salle est éclairée par une belle fenêtre ogivale dépourvue de meneau. Elle communique avec la nef par une ouverture en arc légèrement brisé s’appuyant sur des impostes simples.

La tour ne renferme plus qu’une cloche ancienne datée de 1776. Les deux autres, placées le 4 août 1946, remplacent celles qui avaient été enlevées par les Allemands le 24 juillet 1943.

 

La partie antérieure du chœur date probablement du XIII-XIVème siècle. Vers le nord, on remarque extérieurement l’encadrement de la porte primitive qui donnait accès directement dans le chœur primitif de forme rectangulaire. Un simple coup d’œil fait constater la différence des pierres employées pour la construction du chevet à pans coupés, en 1774. Les encadrements de fenêtres ne sont pas les mêmes. Les fenêtres de l’abside sont identiques à celles qui éclairent la nef.

 

Extérieurement, de l’ancien cimetière, on aperçoit au-dessus du toit de la sacristie sud, une partie de l’arc gothique d’une ancienne fenêtre du chœur. Les claveaux sont assez régulièrement taillés.

 

Au XVIIIème siècle, l’édifice fut agrandi après un incendie, dit la tradition. On construisit alors les nefs latérales et l’abside à pans coupés pour prolonger le chœur.

La belle porte d’entrée fut percée dans la tour à cette époque. Sur le mauclair, on lit la date 1772. Elle a un bel encadrement en pierre formé de tores et de moulures couronnées d’un petit chapiteau. Le claveau central est en ressaut et un larmier horizontal mouluré la surmonte.

Le large perron et les marches de pierre qui la précèdent donnent encore plus d’élancement à la tour.

La sacristie nord construite en pierre date probablement de cette époque. Elle a un plafond orné de moulures. La sacristie sud, en briques, est plus récente. Sur le mur on remarque la vieille croix  rappelant les ermites qui vécurent à Tongrinne.

 

Les toitures (chœur et nef) sont légèrement cintrées à la partie inférieure, ce qui était fréquent au XVIIIème siècle.

Le vaisseau est éclairé par huit fenêtres aux linteaux bombés. Il est construit en briques mais les soubassements, les anglées et les encadrements sont en pierre.

 

Si la tour est du XVIème, peut-être fin du XVème, l’avant chœur du XIIIème, tout le reste de l’église date de la fin du XVIIIème siècle comment le prouvent les dates 1772, 1774, 1776 que l’on retrouve à différents endroits.

 

 

L’INTERIEUR

 

L’intérieur de l’église forme un ensemble harmonieux caractéristique de la fin du XVIIIème siècle. Le millésime 1774, inscrit dans un joli cartouche Louis XV au-dessus de l’arc triomphal, date l’achèvement des travaux intérieurs.

Dès l’entrée, l’œil est séduit par de magnifiques lambris en chêne qui garnissent les murs jusqu’à hauteur des fenêtres et donnent une impression de calme en ramenant les regards vers le sanctuaire. La largeur totale est de 15,50 m. Les nefs ont 18,50 m. de longueur et le chœur 11 m. avec une largeur de 8 m. Le chœur est incliné sur l’axe vers la gauche. Cette déviation se remarque facilement du fond de l’église.

L’église a la forme basilicale avec chœur rectangulaire à pans coupés. Elle est divisée en 3 nefs par six magnifiques colonnes cylindriques en pierre dont le chapiteau est d’ordre toscan et la base octogonale.

 

Les nefs sont couvertes de plafonds plats raccordés par une gorge à la partie verticale. Des moulures enjolivent les arcs des travées et l’arc triomphal qui a la forme d’une anse de panier. Cet arc repose sur deux demi-colonnes engagées qui correspondent à deux autres qui terminent la nef vers la tour. Des médaillons circulaires peints, garnissent les plafonds. Le plafond plat du chœur se relie aux murs par des parties obliques décorées, elles aussi par des médaillons peints représentant Saint Pierre, Saint Paul et les quatre Evangélistes.

 

 

 

 

LES VITRAUX

 

 

Quatre vitraux tamisent la lumière de l’abside : 1) La Vierge ; 2) Saint Joseph ; 3) Sainte Thérèse d’Avila ; 4) Saint Pierre. Deux de ces vitraux sont armoriés et portent la date 1897. Ils ont été offerts par la Comtesse de Villers-Masbourg.

 

 

LE MAITRE AUTEL

 

Le maître-autel est remarquable. Le tabernacle est surmonté d’un groupe en bois représentant l’allégorie du pélican. Le soubassement, de la hauteur du tabernacle, supporte quatre colonnes aux chapiteaux composites. Celles placées à gauche et à droite sont un peu en retrait. Au centre, se dresse un Christ de toute beauté, se détachant sur un fond bleuâtre. Calme, résigné, le Rédempteur reste Dieu malgré les souffrances indicibles qu’Il endure. Un peu en arrière et au-dessus de la croix, se trouve une gloire dont les rayons dorés sont ornés d’angelots joufflus. Un dais surmonté d’une torchère couronne le tout. Le Christ est encadré de deux belles statues en bois prolychromé, aux drapés bien venus : du côté de l’épître Sainte Domitille (ou Sainte Lucie ?), du côté de l’évangile un pape Saint Urbain. Deux autres torchères posées sur l’entablement encadrent le dais. Deux coffrets renfermant des reliques de Saint Urbain et de Sainte Lucie à gauche et de Saint Erasme et de Sainte Domitille à droite, se remarquent au pied de la croix.

Deux fenêtres du chœur (vers la nef) sont murées et garnies de toiles représentant à gauche Jésus au milieu des docteurs, à droite, l’Adoration des mages.

A gauche, dans le pavement du chœur, une pierre tombale rappelle le souvenir de Guillaume Misson en son vivant, pasteur de Tongrinne l’espace de 34 ans, décédé le 5 février 1749, âgé de 62 ans.

 

 

 

LES FONTS BAPTISMAUX

 

 

Les fonts baptismaux sont placés dans une armoire murale, au fond du collatéral gauche. Présentation curieuse et peu fréquente, la cuve en cuivre repose dans un cercle en fer forgé rattaché à une potence qui pivote quand on veut sortir les fonts. Le vase et le couvercle à charnière sont une dinanderie remarquable.

 

 

LES CONFESSIONNAUX

 

Les deux confessionnaux, formant corps avec les lambris, sont très intéressants. Leur corniche est surmontée d’un panneau en chêne galbé entouré de volutes et de rocailles Louis XV qui présente le monogramme du Christ J.H.S. et un cœur. Ce panneau très décoratif est réuni à deux torchères par des guirlandes de feuillages dorés. Des lambrequins sont suspendus à la corniche et la partie centrale est garnie d’une boiserie imitant un rideau drapé avec élégance. Le tout finement rehaussé de jolies rocailles dorées.

 

 

 

 

LES STATUES

 

Il reste une statue ancienne dans l’église. Elle représente Sainte Barbe, elle est en bois polychromé et date probablement du XVIème siècle. La physionomie de la Sainte est grave et gracieuse. Elle est couronnée et tient une palme dans la main droite. Les plis classiques et réguliers des vêtements retombent avec beaucoup d’élégance. Sur sa robe, la martyre porte une tunique ravissante à longues manches serrées à la taille par un corselet cintré. La tour aux trois ouvertures traditionnelles est présente à droite de la statue.

 

 

 

 

 

LA CHAIRE DE VERITE

 

La chaire de vérité en style Louis XV est superbe. La rampe est formée de rocailles nerveusement fouillées, sa cuve galbée est garnie de deux médaillons artistiquement sculptés : buste de Saint Damase, coiffé de sa tiare et de Sainte Lucie. L’abat-voix est formé de gracieuse corniche moulurée garnie de lambrequins dorés d’un bel effet, le tout surmonté d’un cœur accosté de deux angelots dodus. Ce cœur entouré de rocailles dorées et ces mignons personnages se retrouvent en face de la chaire, sur les lambris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les autels latéraux, de facture plus simple, rappellent les grandes lignes du maître autel : colonnes, gloire, volutes. Ils ont heureusement conservé leurs antependium (avant) délicatement ornés de moulures et sculpture en ronde bosse.

 

Le reste du mobilier, par son unité, son bon goût constitue un ensemble unique pour un modeste temple campagnard. D’après Monsieur Courtoy, ces magnifiques boiseries seraient sorties des ateliers de Bayart à Namur (XVIIIème siècle) : on y reconnaît le style Louis XIV avec des détails Louis XV. Malheureusement le chêne rehaussé de dorures a été verni autrefois. Disposition très rare : une banquette fait le tour des murs en suivant les lambris.